Non mais engueulez-moi aussi !

En allant voir belle-maman cet été, je me suis entendu dire : “Ben, tu lui as pas encore installé Ubuntu ?” Heu, pardon ? J’ai fait un saut dans le futur ou quoi ?

Background

Belle-maman habite dans le même village que mon beau-frère et ma belle-sœur, tous deux convertis depuis quelques temps à Linux. Ils sont contents, ça marche, je n’en entends presque jamais parler. Mais comme je ne voulais pas perturber belle-maman, je lui avais, jusqu’ici, laissé son Windows XP auquel elle était, me semblait-il, habituée. Elle s’en sert à peine, juste pour voir les photos de la famille, “liker” quelques commentaires sur Facebook et chercher des recettes de confiture (bon, ok, d’autres recettes aussi mais ses confitures, elles dépotent).

Le clash

Et donc, alors qu’elle allumait son ordi, ma chère et tendre voit l’affreux bureau et me sort cette phrase que j’entendais, avec ce ton, pour la première fois : “Ben, tu lui as pas encore installé Ubuntu ?”. Et belle-maman de renchérir : “Oui, ton beau-frère a été surpris aussi et il n’a pas pu m’aider quand j’ai voulu faire “.

Honnêtement, je me suis d’abord senti coupable, comme si je l’avais négligée. Puis j’ai réfléchi deux secondes, me suis remis dans le contexte, j’ai expliqué pourquoi je ne l’avais pas “encore” fait (par souci de ne pas la violenter dans ses habitudes) et lui ai proposé de lui installer (en mode “vous êtes sûre ?”). Le “oui” a été ferme et immédiat. Pour la première fois, pas besoin de déployer des tas d’arguments, c’était juste “oui oui, je suis sûre”. Elle utilisait déjà Firefox, Thunderbird et OpenOffice donc ça facilitait la transition. Mais quand même.

La réconciliation

Après les précautions d’usage (sauvegarde des précieux documents, photos, mails, marque-pages, etc., vérification de compatibilité de l’imprimante, du scanner, etc.) et un dernier “Are you really sure ?”, je me lance dans l’installation. Je remets tout en place, lui montre à quoi ça ressemble, comment les choses sont organisées, comment on imprime, comment on scanne, et je la laisse à son nouveau jouet.

Le lendemain, je lui demande si tout se passe bien et les questions qu’elle me pose sont surprenantes : avant, elle me demandait comme faire ceci ou cela, toujours des choses ayant trait à l’utilisation d’un logiciel particulier. Là, les questions portaient sur l’organisation des dossiers et fichiers (pourquoi je retrouve telles photos dans 2 dossiers ?) et je me suis rendu compte que quelque-chose a changé dans son usage : jusqu’ici elle accumulait les choses sans vraiment les organiser, maintenant elle utilise sa machine comme si elle n’en avait plus peur, comme si c’était un outil compréhensible, logique, où elle s’y retrouve (au sens propre). J’en ai eu la confirmation quelques jours plus tard lorsqu’elle m’a dit “Finalement c’est beaucoup plus facile”.

Debriefing

Pourquoi je fais un article qui parle de ma belle-mère en pensant que ça va vous intéresser ? Pour trois raisons.

D’abord parce-que ça fait toujours plaisir de voir qu’une non-geek (et croyez-moi, au championnat du monde des non-geek, elle peut postuler pour le podium) peut (enfin) aborder un ordinateur “normalement” (sans peur, sans impression de “magie”)

Ensuite parce-qu’un environnement qui n’incite pas sans arrêt à la méfiance ou qui ne vous suspecte pas d’être à moitié dans l’illégalité (entrez tel code, telle validation, autorisez-vous telle opération ?), même si ça n’est pas dit comme ça explicitement, ça rend serein (et je passe sur le “mais tu es vraiment sûr que je n’ai plus besoin d’antivirus ?”)

Et enfin parce-que ça nous apprend autre chose : en réfléchissant à l’enchaînement des événements, je me dis que ce n’est pas seulement l’ergonomie du système qui a rendu cette migration aussi fluide ; le contexte a joué un grand rôle : Ubuntu était implicitement “chargé positivement” par l’entourage : de la sincère surprise du “tiens, tu ne lui a pas encore installé ?” au fait que ça paraît naturel pour toute la famille.

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