Google : petit point sur une gentille entreprise

De plus en plus préoccupé par l’omniprésence de Google, je me suis posé un quart d’heure, j’ai pris un bloc et j’ai commencé à noter ce qui me passait par la tête. J’ai aussi cherché quelques chiffres pour mieux me représenter les volumes en jeu.

Qu’est-ce que Google ?

Google est une société qui traite de l’information, principalement pour fournir un service de publicité performant, c’est à dire le plus ciblé possible : le but est donc de constituer une sorte de gigantesque base de données qui établit un “profil” pour chaque individu.

Faisons une petite analogie avec la carte de fidélité de votre supermarché préféré.

La carte de fidélité

Quand vous prenez une carte Auchan, vous remplissez une fiche avec votre état-civil, vos coordonnées, votre catégorie socio-professionnelle et quelques détails complémentaires. L’hôtesse vous donne votre carte et, à chaque fois que vous passez en caisse, votre ticket (la liste des articles que vous avez achetés) est rattaché à la fiche que vous avez remplie. L’objectif est double : 1) vous faire consommer plus en vous proposant des promotions ciblées (par email, par téléphone, par courrier, par coupons valables seulement certains jours, en revendant ces infos à des “partenaires” qui, à leur tour, vous démarcheront pour vous vendre des trucs, etc.) et 2) d’établir des statistiques globales sur le magasin (tel jus de fruit est plutôt acheté par les cadres qui font leurs courses plutôt le samedi matin avec un “caddie moyen” de 150 €…)

En soi, ça me répugne mais 1) on n’est pas obligé de prendre une carte de fidélité ni de l’utiliser à chaque visite, 2) on est récompensé par des “cadeaux” et 3) les supermarchés ne vendent que très très peu de types de produits.

La méthode Google

D’abord un petit préambule : quand un produit est gratuit, le véritable produit c’est le client. Cela veut dire que quand vous utilisez le moteur de recherche (gratuit) de Google, les informations que cette recherche va fournir à Google suffisent à rentabiliser le service rendu. Vous noterez que tous les services de Google sont gratuits. Mais revenons à nos moutons (fidélisés).

Chez Google, on ne s’inscrit pas. La première fois que vous “passez” par l’un de ses services, Google donne à votre navigateur une carte de fidélité avec un numéro unique (par exemple 123456) : c’est un cookie. À chaque fois que vous “passerez” par un service Google (par exemple une recherche), votre navigateur fournira le contenu de ce cookie (123456) à Google qui va noter “le 9 juin 2013 à 17:06:00 heure française, l’utilisateur 123456 a recherché ‘sites touristiques Rome'”

Vous allez me dire : mais on s’en fiche, Google ne sait pas qui je suis ! Vous êtes malin(e) mais c’est un peu plus subtil.

D’abord, votre nom, ce n’est pas la donnée la plus intéressante à votre sujet (le fait que vous souhaitiez visiter l’Italie l’est beaucoup plus). Ensuite, vous raisonnez comme avec Auchan : d’abord (a) vous donnez votre profil, puis (b) on vous donne une carte et enfin (c) vous passez votre carte en caisse. Google n’est pas pressé : l’étape (a) interviendra plus tard et se complétera au fur et à mesure.

Vous avez un compte gmail ? Alors vos nom et prénom, Google les a déjà. Quand vous vous connectez, votre adresse IP trahit votre fournisseur d’accès à Internet (et donc aussi votre pays et votre région, si vous résidez en ville –et laquelle– ou à la campagne).

Vous calculez vos itinéraires avec Google maps ? Alors vos adresses de domicile et de lieu de travail sont, statistiquement, les points de départ et d’arrivée qui reviennent le plus souvent dans vos recherches d’itinéraires. Je passe rapidement sur les vidéos YouTube ou les blogs Blogger que vous consultez (et tous les services Google que vous utilisez volontairement), vous avez pigé le principe, pour aborder quelque-chose de beaucoup plus puissant : Google Analytics.

Analytics c’est quoi ?

C’est un “service gratuit” (un service dont vous êtes le pigeon) qui permet à n’importe qui d’obtenir des statistiques de fréquentation de son site. Sympa non ? En plus les graphiques sont jolis et on peut savoir d’où les gens sont venus (d’un moteur de recherche quelconque par exemple et dans ce cas quels mots-clés ont été utilisés), dans quelle tranche horaire et tout un tas de données plus ou moins passionnantes.

Techniquement, c’est ultra simple : sur votre blog/site/etc. vous placez un morceau de code fourni par Google. Ce code va dire au navigateur de votre visiteur d’afficher une image invisible stockée chez Google. C’est tout. Donc visuellement il ne se passe rien puisque c’est une image invisible. Mais Google a noté que l’utilisateur 123456 a visité votre page. Et comme cette page était déjà indexée, il sait de quoi elle parle.

Si vous avez sauté le paragraphe précédent parce-qu’il commençait par “techniquement”, veuillez le lire, il est à votre portée et important pour comprendre la suite.

Vous commencez donc à entrevoir la quantité immense d’informations que Google connaît à votre sujet : votre “bord” politique, les marques et modèles des appareils que vous avez chez vous, les maladies qui touchent votre famille, votre compagnie d’assurance, votre banque, la musique que vous écoutez, les voyages que vous effectuez, etc. Vous imaginez bien que les contenus de vos Google Docs, Google Mail, Google Agenda ou Google+ sont, eux aussi, rattachés à votre profil. C’est ce que l’expression “Google lit vos mails” signifie.

On passe la troisième ?

Connaissez-vous Picasa ? C’est un service gratuit (je ne vous refais pas le dessin) de Google qui vous permet de stocker vos photos et de les partager avec qui vous voulez. Décidément, quels philanthropes ! Je ne vous fais pas l’injure, vu ce qu’on vient de voir plus haut, de vous expliquer quels types de liens Google est capable de faire avec vos relations (amis/famille) quand vous partagez des images.

Cet outil, Picasa, permet de faire de la reconnaissance faciale : vous identifiez votre mamie, votre beau-frère ou vos collègues et, quand vous ajouterez de nouvelles photos de ces personnes, Picasa vous proposera de les identifier automatiquement. Ça marche incroyablement bien, au point d’être capable de proposer instantanément le bon nom même si les photos ont 30 ans d’écart ou, si la personne n’a jamais été identifiée, quelqu’un de très proche dans sa famille (parent ou enfant). C’est techniquement époustouflant et très inquiétant. Histoire que vous compreniez bien les implications, souvenez-vous que Google indexe toutes les pages et photos publiques de Facebook notamment…

Et voici venir les Google glasses : des lunettes qui intègrent un petit ordinateur, une caméra vidéo et une connectivité internet. Donc potentiellement des millions de personnes qui en filment d’autres en temps réel, partout dans le monde. Je vous laisse deviner pourquoi je parle de ça à la suite de Picasa et son mécanisme de reconnaissance faciale.

Tout ça pour de la pub ?

Entendons-nous bien : le publicité, aujourd’hui, ce n’est plus (seulement) des prospectus dans les boîtes-aux-lettres. Selon votre profil et les campagnes publicitaires en cours, quand vous cherchez un mot sur Google, vous n’avez pas les mêmes réponses, ou au moins pas dans le même ordre (combien de fois dans votre vie êtes-vous allé(e) jusqu’à la page 5 quand Google vous annonçait “environ 2 000 000 réponses” ?).

Et Google ne se contente pas de vendre de la lessive ou des tablettes tactiles : Google a réponse à tout : commerce bien sûr mais aussi politique, environnement, santé, religion… 91% des recherches en France passent par Google. Des recherches truquées voire censurées.

Épilogue

Je me suis efforcé de ne pas tomber dans la paranoïa ou le complot (certaines sources font état de liaisons entre Google et la CIA par exemple, les tractations avec les dirigeants chinois quant au filtrage des réponses ne sont un secret pour personne) mais Google menace beaucoup plus que notre seule vie privée ou nos choix d’achats : comment faire confiance à une réponse de Google à la question ‘dangerosité monsanto’ par exemple ?

Ceux et celles qui ont lu “1984” de Georges Orwell vont me trouver “cliché” : Big Brother, la surveillance généralisée… Pour qui ne l’a pas lu, sachez que c’est dans ce livre que le terme de Novlangue est apparu : le ministère de la guerre s’y nomme “ministère de la paix”. Le slogan de Google est “Don’t be evil” (Ne pas être malveillant).

Quelques liens

Évidemment, j’écris cet article, d’abord pour informer, mais aussi pour inciter à lutter contre l’hégémonie de Google. Mais c’est à chacun de résister à son rythme, en changeant ses habitudes, en étant critique et vigilant, en s’informant, en n’achetant pas le dernier gadget à la mode… Pour les autres, il reste la pilule bleue.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *