Suis-je un geek ?

L’enfance

Pendant longtemps, depuis tout-petit, je me suis défini comme un bidouilleur. Un gamin qui s’intéressait à l’électronique mais qui n’avait pas le début d’une connaissance. Je connaissais la loi d’Ohm (u=ri) mais je ne savais ni quand ni comment l’appliquer. Alors je récupérais des téléviseurs, je dessoudais méthodiquement les résistances et les condensateurs, je les rangeais dans une boîte et j’étais content de moi. Un peu frustré, certes, mais content.

Souvent aussi, je démontais des appareils pour comprendre comment ça marchait : des montres, des radios, des talkie-walkie. Mais c’était encore plus frustrant : non seulement je ne comprenais pas plus comment ça marchait mais en plus tout mon beau démontage finissait à la poubelle car j’étais incapable de les remonter.

Et puis j’ai rencontré les ordinateurs et on s’est aimés tout de suite. En fait, je devrais dire la programmation car je n’ai jamais rien compris à la partie hardware (électronique) des ordinateurs.

La programmation c’est génial : non seulement je comprenais pourquoi, quand j’appuie sur cette touche ça fait un beep, mais je pouvais faire un autre beep avec une autre touche et me fabriquer tout un “orgue” moi-même. Pas besoin de fer à souder ou de connaissance spéciale : c’est mon imagination et ma réflexion qui avaient le pouvoir.

L’adolescence

Ça m’a amené à rencontrer d’autres passionnés de bits. À l’école ou au palais de la découvert où je passais mes samedis après-midi à regarder des gars qui programmaient des jeux de labyrinthe sur des ordinateurs en accès libre. J’étais fasciné mais pas perdu. Et tous les ans, j’allais au SICOB (un salon de la bureautique) m’émerveiller sur des machines qui clignotent de partout et j’en revenais avec des sacs remplis de prospectus et des étoiles plein la tête. Évidemment, mon film préféré était “Wargame”.

Pendant tout ce temps, j’apprenais. Au début, je recopiais méthodiquement des jeux en basic (excellent exercice : au fur et à mesure qu’on retape laborieusement, on comprend ce que chaque ligne fait, on imagine les interactions avec le reste du programme et, quand on a enfin fini, on a le plaisir de jouer à un jeu dont on connaît tous les rouages et dont on peut même imaginer les failles pour les exploiter -nan c’est pas de la triche). Puis j’ai écrit mes propres programmes. Plus tard, j’ai découvert les jeux “protégés” et je me suis amusé un moment à en “déplomber” quelques-uns, pas pour y jouer (puisque je les avais achetés), mais pour me prouver ce que je supputais : la protection parfaite n’existe pas et je suis capable de les contourner, question de patience.

L’âge adulte

J’ai, très tôt, su que la programmation serait mon métier parce-que je me doutais que des gens auraient besoin de personnes qui sauraient comprendre leurs besoins et convaincre les machines d’y répondre. Et pour être honnête, je commençais à être à court d’idées de programmes donc tous ces besoins constituaient une matière première inépuisable et salutaire. J’ai commencé dans une petite société où j’ai appris énormément de choses et, quand elle a fermé, je me suis mis à mon compte. Comme un artisan, je fais des programmes “sur mesures”. Mon seul diplôme : un bac “biologie”.

Puis tout s’est mis à accélérer d’un coup avec l’arrivée d’Internet. Tous ces gens subitement connectés qui n’y connaissent rien, qui ne veulent pas apprendre ni comprendre, mais qui veulent tout, comme des cars de touristes dans un magasin de souvenirs. Envoyer un film en pièce jointe d’un mail à tout leur carnet d’adresses ? Ben quoi ? Faire attention aux adresses qu’on met en copie d’un mail ? Bah, ça change quoi que tout le monde puisse les voir ? Développer des sites web qui ne marchent qu’avec leur navigateur propriétaire ? C’est pas grave tout le monde a Windows… Et ça c’était le début.

Aujourd’hui, être un geek, c’est avoir un smartphone, aimer les jeux vidéo (n’importe lesquels) et savoir raconter sa vie trépidante sur les portails web les plus populaires. En gros, être un consommaddict, persuadé d’avoir acquis une complicité absolue avec le monde des machines.

Alors, en voyant le bandeau en haut de mon blog “Encore un blog de geek”, je me suis dit que non, définitivement, je ne suis pas un geek. J’achète parfois des “gadgets” mais parce-qu’ils me sont utiles, et je les choisis minutieusement pour qu’ils me servent longtemps. Quand je suis invité quelque part et que je me retrouve à démonter un PC c’est pour rendre service (je sais les remonter maintenant). Et quand une famille m’appelle pour venir régler les chaînes de sa télé toute neuve, ça me touche et j’y vais avec plaisir (en plus j’adore lire des docs en français, approximativement traduites de l’anglais, elles-mêmes traduites du coréen).

Donc je reviens aux fondamentaux. Je suis un hacker, le terme anglais pour “bidouilleur”. Et peu importe qu’on ait une image de pirates. C’est juste l’ignorance crasse et le besoin de sensationnel des média. Je suis un hacker comme mon pote, mécanicien agricole, qui fabrique parfois ses propres outils pour réparer des tracteurs qui ont quarante ans ou comme cette biologiste qui a extrait son propre ADN dans sa cuisine pour découvrir qu’elle était porteuse du gène d’une maladie orpheline. On démonte, on regarde comment ça marche et on apprend.

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